Opérations portuaires: quand le Bénin réécrit la carte du transit ouest-africain

Opérations portuaires: quand le Bénin réécrit la carte du transit ouest-africain
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Il y a plus de deux ans, le Port Autonome de Cotonou semblait coincé dans une impasse. La fermeture de la frontière avec le Niger avait brutalement interrompu un flux historique. Les quais se sont vidés, les opérateurs ont tremblé, et l’activité a marqué un coup d’arrêt. Cette interruption du trafic vers Niamey a bel et bien provoqué des difficultés au début. Les volumes se sont effondrés, les camions ont ralenti, et l’incertitude a plané sur toute la chaîne logistique. Puis, lentement, le port a recommencé à respirer.

Aujourd’hui, le tableau a changé de visage. En 2025, le trafic a grimpé à 14,7 millions de tonnes, contre 9,6 millions l’année précédente. Une progression de plus de 52 %. Et dans cette reconquête, un acteur a pris une place inattendue : le Burkina Faso. Près d’un million de tonnes, essentiellement d’hydrocarbures, ont pris la direction de Ouagadougou. Le pays voisin est devenu le premier marché de transit du Port de Cotonou, concentrant à lui seul 16 % des flux de transit.

Pendant que les marchandises destinées au Niger diminuaient considérablement, une autre dynamique s’est affirmée avec force. Le Nigeria a pris le relais. Face à la congestion chronique de ses propres ports, Lagos s’est tourné vers Cotonou. Le géant de l’Ouest africain est désormais le deuxième client du transit béninois. Cette hausse réelle et tangible des flux vers le Nigeria a permis de compenser, en partie, le vide laissé par le corridor nigérien.

Le Niger, lui, n’a pas complètement disparu. Il a simplement changé de rôle. Au lieu d’importer massivement via Cotonou, il exporte désormais son pétrole depuis le terminal de Sèmè-Podji. Plus de 4,3 millions de tonnes de brut y ont transité en 2025. Une inversion de flux qui dit beaucoup sur la nouvelle géographie commerciale de la sous-région.

Le Tchad, quant à lui, commence à s’intéresser. Les volumes restent modestes, mais l’ambition est claire : offrir une alternative au corridor de Douala. Une délégation tchadienne a déjà foulé le sol de Cotonou en 2025.

Derrière ces chiffres se dessine une stratégie. Depuis 2021, le Port investit près de 500 milliards de FCFA dans douze projets majeurs. L’objectif est ambitieux : 25 millions de tonnes et plus d’un million d’EVP. Les résultats de 2026 confirment déjà la tendance. Plus de 10 millions de tonnes ont été manutentionnées sur les huit premiers mois.

Cotonou n’a pas seulement surmonté une crise. Il a transformé une rupture en repositionnement. Le Burkina Faso a choisi de travailler avec le Bénin. Le Nigeria a suivi. Et le Niger, même s’il reste distant, n’a pas totalement tourné le dos. Dans le grand jeu du transit ouest-africain, le Port de Cotonou a trouvé sa nouvelle place.

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Modeste Dossou

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