Macron admet des erreurs stratégiques au Sahel et fustige l’ingratitude des pouvoirs militaires
Lors d’une interview accordée à France 24 en marge du sommet Africa Forward au Kenya, le président Emmanuel Macron est revenu sur l’échec relatif de l’engagement militaire français dans les pays du Sahel. Tout en assumant une part de responsabilité, il a vivement critiqué la narrative anti-française propagée par les régimes militaires au pouvoir.
« Le problème, c’est que nous n’avons pas été plus fermes, ni plus déterminés sur ce point », a-t-il reconnu. Le chef de l’État regrette que la France n’ait pas suffisamment exigé des autorités sahéliennes qu’elles déploient rapidement des mesures administratives, des projets de développement et d’autonomisation des populations une fois les territoires libérés des groupes terroristes. Cette insuffisance, selon lui, a fait naître l’illusion d’une « garantie de sécurité » éternelle assurée par Paris.
Macron estime qu’un « dialogue difficile » aurait dû être engagé bien plus tôt avec les dirigeants concernés. « Et peut-être que, dans de tels cas, nous aurions dû repenser notre présence militaire plus tôt », a-t-il ajouté, marquant une forme d’autocritique rare sur ce dossier sensible.
Cependant, le président français a rejeté avec force la « réécriture de l’histoire » orchestrée par les forces anti-françaises qui ont pris le pouvoir par la force. « Nous avons été accueillis avec ingratitude et beaucoup de désinformation », a-t-il déclaré. Il tient « profondément responsables » les dirigeants actuels et tous ceux qui ont tenu « ces propos inacceptables ».
Malgré ces regrets, Macron a insisté sur les conséquences dramatiques pour les populations : « Néanmoins, c’est le peuple malien qui souffre aujourd’hui – c’est toute la région qui souffre. » Il fait référence à la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Alliance des États du Sahel (AES) depuis le départ des troupes françaises, remplacées par d’autres acteurs extérieurs.
Cette déclaration intervient dans un contexte de redéfinition de la politique africaine de la France, qui privilégie désormais des partenariats avec des pays jugés plus fiables. Macron défend l’idée que l’intervention française initiale répondait à des demandes légitimes de gouvernements élus, avant les coups d’État successifs.
Son intervention illustre la tension persistante entre autocritique stratégique et défense de l’action passée, alors que le Sahel reste confronté à une menace terroriste tenace et à une instabilité politique chronique.

