Relations Bénin-Niger : L’élection de Romuald Wadagni, une fenêtre pour rétablir des relations plus confiantes ?

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Le 12 avril 2026, Romuald Wadagni a été élu président de la République du Bénin avec plus de 94 % des suffrages. Ce technocrate, jusqu’alors ministre des Finances sous Patrice Talon, succède à son mentor dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes avec le Niger. Pourtant, son arrivée au pouvoir ouvre une opportunité inédite de réinitialisation diplomatique entre Cotonou et Niamey. Lui qui lors de la présentation officielle de son projet de société a exprimé la nécessité d’une politique de bonne coopération entre les pays frontaliers de la sous-région, parce qu’ayant des contingences identiques à tous les points de vue.

Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, les relations entre les deux pays sont restées tendues. Le soutien initial de Cotonou à une éventuelle intervention militaire de la CEDEAO avait conduit Niamey à fermer sa frontière avec le Bénin, une mesure toujours en vigueur malgré la levée des sanctions régionales en février 2024. Les accusations mutuelles – notamment sur la prétendue présence militaire française ou le soutien à des attaques jihadistes – ont encore alourdi le climat. Des expulsions diplomatiques réciproques ont suivi la tentative de coup d’État avortée au Bénin en  décembre 2025.

Malgré cette fermeture prolongée, le Bénin fait preuve d’une résilience remarquable. Grâce à la vision et à la gestion rigoureuse de Romuald Wadagni, le pays continue de connaître une croissance économique à fort taux. Les réformes structurelles engagées ces dernières années, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et de l’agro-industrie, portent leurs fruits. Le dynamisme des ports secondaires, le développement du corridor nord et les investissements dans les zones économiques spéciales ont permis de compenser en partie la perte de trafic nigérien. Le Bénin maintient ainsi une croissance soutenue, démontrant que sa résilience économique dépasse les aléas géopolitiques.

Pourtant, les interdépendances restent évidentes. Pour le Niger, la réouverture du corridor Cotonou représenterait un allègement majeur des coûts logistiques, le port béninois ayant historiquement assuré plus de 90 % de son trafic de transit. Du côté béninois, la baisse d’activité portuaire (–24 % de navires et –34 % d’importations entre 2023 et 2024) pèse sur les recettes. Sur le plan sécuritaire, la coopération dans la zone W-Arly-Pendjari et le long de la frontière Alibori-Atacora est plus que jamais nécessaire : les violences y ont augmenté de 86 % entre 2024 et 2025 (Chiffres de l’Institut d’études de sécurité pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel- ISS Africa)

C’est dans cette logique d’espoir que s’inscrit le nouveau président. Affranchi des phases les plus conflictuelles de la crise post-2023, Romuald Wadagni a clairement exprimé, durant sa campagne, sa volonté de rétablir la confiance avec les voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une normalisation bilatérale pourrait non seulement relancer l’oléoduc et le commerce transfrontalier, mais aussi favoriser une meilleure coordination sécuritaire face aux groupes jihadistes.

Plus encore, un dialogue réussi entre Cotonou et Niamey pourrait servir de pont pragmatique entre l’AES et la CEDEAO. L’Union africaine, via sa mission pour le Mali et le Sahel basée à Bamako, apparaît comme l’acteur le mieux placé pour faciliter ce rapprochement en proposant des assurances mutuelles sur la non-ingérence et la souveraineté des choix de défense.

Laisser passer cette fenêtre étroite serait une erreur stratégique coûteuse pour les deux pays et pour toute la région. Avec Romuald Wadagni, le Bénin incarne à la fois la résilience économique et la volonté de dialogue pour donner chance aux actions de développement rapide sur tous les plans des deux pays. Une initiative audacieuse de la part du nouveau président de la république du Bénin pourrait poser les bases d’une coopération nouvelle, au-delà des clivages politiques, au bénéfice des populations des deux rives du fleuve Niger.

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Modeste Dossou

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