Incendie au barrage d’Akosombo au Ghana : Le Bénin pourrait en subir des impacts sérieux sur sa consommation électrique
Un violent incendie survenu le jeudi 23 avril 2026 à la sous-station de la Ghana Grid Company Limited (GRIDCo) à Akosombo a contraint Accra à suspendre immédiatement toutes ses exportations d’électricité vers ses voisins ouest-africains. Pour le Bénin, qui dépend en partie de ce corridor régional via le West African Power Pool (WAPP), la mesure annonce des semaines, voire des mois, de difficultés énergétiques.
Le sinistre, déclenché dans la région Est du Ghana, a mis hors service entre 720 et près de 1 000 mégawatts sur les quelque 4 400 MW de la demande maximale nationale ghanéenne. La sous-station d’Akosombo constitue le principal nœud de transmission de l’électricité produite par le barrage hydroélectrique éponyme. Richmond Rockson, porte-parole du ministère ghanéen de l’Énergie, a été clair samedi 25 avril : « Dès que vous avez un problème au niveau national, vous prenez soin de votre maison d’abord. » Les accords d’exportation sont suspendus « pour une durée indéterminée ».
Pour le Bénin, les conséquences sont immédiates et sévères. Selon les données du commerce international (WITS, 2023), le pays a importé 210 464 milliers de kWh d’électricité du Ghana, soit environ 20 % de ses importations totales d’énergie électrique (1 064 millions de kWh). Ces volumes, évalués à plus de 23 millions de dollars, proviennent précisément du corridor Akosombo via le WAPP. Le Bénin, dont la production nationale reste insuffisante, compte également sur le Nigeria et le Togo, mais le Ghana représentait une part cruciale et relativement stable de son approvisionnement.
Des répercussions sérieuses pour le Bénin ?
Dès l’annonce, les autorités béninoises craignent un retour des délestages massifs. Les hôpitaux, les industries agroalimentaires et les petites entreprises, déjà fragilisées par des coûts énergétiques élevés, risquent de voir leur activité paralysée. À Cotonou et dans les zones urbaines, les groupes électrogènes au diesel, déjà très utilisés, vont tourner à plein régime, faisant exploser la facture énergétique des ménages et des entreprises. Les autorités estiment que le manque d’électricité pourrait représenter jusqu’à 20 % de l’offre importée, un trou impossible à combler à court terme.
Le WAPP, cadre institutionnel de la CEDEAO, ne dispose d’aucun mécanisme automatique de substitution. Le projet North Core (Nigeria-Niger-Bénin-Burkina Faso), bien qu’avancé, n’offre pas encore la capacité supplémentaire nécessaire. Le gouvernement béninois devrait donc activer un plan d’urgence : priorisation des secteurs vitaux, appels à la sobriété énergétique et négociations diplomatiques avec Accra pour une reprise progressive des flux.
Cet incident révèle la vulnérabilité persistante des économies ouest-africaines face à la dépendance énergétique régionale. Pour le Bénin, il accélère probablement la réflexion sur la diversification des sources – solaire, gaz nigérian ou renforcement de la production locale – afin de ne plus dépendre d’un seul corridor aussi stratégique qu’Akosombo. En attendant, c’est toute une partie de la vie quotidienne et de l’économie béninoise qui risque de s’assombrir.

