Le Fâ : le Bénin veut mieux encadrer la pratique des Bokônon

Le Fâ : le Bénin veut mieux encadrer la pratique des Bokônon
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La pratique du Fâ veut désormais se doter de garde-fous au Bénin. Réunis à Zogbodomey le 19 août, les responsables du Comité des rites Vodun ont annoncé la prochaine mise en place d’un Ordre national des Bokônon destiné à mieux identifier les praticiens formés et à lutter contre ceux qui s’attribuent ce titre sans formation reconnue. Une réorganisation qui intervient alors que les réseaux sociaux notamment TikTok bouleversent la manière dont les savoirs et les pratiques liés au Fâ se diffusent.

Pendant des générations, le savoir du Fâ s’est transmis dans un cadre où l’apprentissage reposait largement sur la formation et la transmission des connaissances au sein de la communauté des initiés. Aujourd’hui, cette pratique ancestrale se retrouve confrontée à un nouvel environnement, celui des réseaux sociaux, de la multiplication des contenus en ligne et de l’ouverture de lieux de consultation dont les conditions d’exercice ne seraient pas toujours clairement établies.

C’est dans ce contexte que le Comité des rites Vodun veut engager une réorganisation de la profession de Bokônon. À Zogbodomey, son président, Mahugnon Kakpo a annoncé la création prochaine d’un Ordre national appelé à distinguer les praticiens considérés comme qualifiés de ceux qui exerceraient sans formation adéquate. L’ambition étant de faire de la qualification un critère central de l’exercice de cette pratique.

Le Fâ entre dans une logique d’organisation professionnelle

Le futur Ordre national des Bokônon devrait s’inspirer du fonctionnement d’autres organisations professionnelles existant au Bénin. Mahugnon Kakpo cite notamment les ordres des médecins, pharmaciens, géomètres et avocats.

La comparaison est révélatrice de l’ambition poursuivie. Il ne s’agit plus seulement de structurer une communauté autour d’une tradition commune mais de mettre en place un dispositif capable d’identifier les praticiens, de définir des critères de reconnaissance et à terme, de mieux encadrer l’exercice de la pratique.

Pour les responsables du Comité des rites Vodun, cette organisation doit permettre de répondre à un phénomène jugé préoccupant : des personnes se présenteraient comme Bokônon sans avoir reçu la formation nécessaire. « Nous voudrions éradiquer ce phénomène afin de montrer que dans notre pays le Bénin, il n’y a que des Bokônon bien formés, compétents et honnêtes », a déclaré Mahugnon Kakpo. Une ambition qui pose désormais une question essentielle : qui pourra demain être officiellement reconnu comme Bokônon ?

Le diplôme traditionnel face à la reconnaissance institutionnelle

C’est probablement l’un des enjeux les plus délicats de la réforme annoncée. La professionnalisation suppose en effet de définir des critères permettant de distinguer celui qui possède réellement les connaissances nécessaires de celui qui s’en attribue simplement le titre. Il faudra donc déterminer les modalités de formation, les conditions de reconnaissance et les mécanismes permettant de contrôler l’exercice de la pratique.

Le futur Ordre pourrait ainsi devenir l’instance appelée à donner une forme institutionnelle à cette distinction. Mais avant son installation, une autre structure doit être consolidée. Il s’agit du Haut conseil des prêtres du Fâ. Il devrait désormais être progressivement déployé dans les départements, les communes et les arrondissements.

Cette implantation territoriale permettra de rapprocher la nouvelle organisation des praticiens et des communautés locales mais également de constituer un premier niveau d’identification et de structuration avant la mise en place effective de l’Ordre national.
Le chantier annoncé apparaît donc plus large qu’une simple création d’instance. Il s’agit de reconstruire progressivement une organisation capable de couvrir l’ensemble du territoire.

Une réforme qui devra encore préciser ses règles

Pour l’heure, le calendrier exact de création de l’Ordre national des Bokônon n’a pas été communiqué. Plusieurs étapes restent donc à franchir avant que l’annonce de Zogbodomey ne se transforme en dispositif opérationnel. Il faudra notamment préciser les critères de reconnaissance des praticiens, les modalités de formation, les responsabilités de l’Ordre et les mécanismes permettant de lutter contre l’exercice non reconnu.

À Zogbodomey, les responsables du Comité des rites Vodun ont posé les premiers jalons d’une réponse institutionnelle.
Reste désormais à savoir si le futur Ordre national des Bokônon parviendra à faire de la qualification et de l’éthique les véritables critères de reconnaissance d’une pratique appelée à évoluer sans perdre son identité.

Un ordre aux ambitions qui dépassent les frontières

Au-delà de la réorganisation de la communauté des Bokônon, la création de cet Ordre pourrait avoir des répercussions à l’échelle nationale comme internationale. Au Bénin, une organisation formelle contribuerait à mieux encadrer la pratique, à renforcer la crédibilité des praticiens reconnus et à préserver les savoirs associés au Fâ. À l’extérieur, elle pourrait donner davantage de visibilité et de lisibilité à une pratique déjà inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Elle pourrait également favoriser avec les communautés qui pratiquent l’Ifá au Nigeria et dans d’autres pays de la région, une réflexion commune sur la formation, la transmission des savoirs et la préservation de ce patrimoine culturel partagé.

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Modeste Dossou

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