Bénin : l’atelier Luban d’Akassato, une réponse concrète au défi de l’employabilité des jeunes

Bénin : l’atelier Luban d’Akassato, une réponse concrète au défi de l’employabilité des jeunes
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Sous le soleil d’Akassato, dans l’atelier Luban du Lycée technique d’amitié sino-béninoise, des jeunes en blouse bleue ajustent des pièces de précision tandis qu’un formateur explique, pas à pas et avec enthousiasme, le fonctionnement d’un circuit électronique assez complexe. Ici, la coopération entre le Bénin et la Chine n’est pas un discours diplomatique de salon feutré : c’est une salle de classe où se forgent des compétences concrètes, des emplois et, pour beaucoup, une nouvelle vision de l’avenir.

Il est 16 heures, dans l’atelier. Grand bâtiment parmi tant d’autres, des structures modernes et aucune odeur de métal chauffé ne flotte dans l’air. Pourtant, dans les différentes salles de cet atelier multidisciplinaire, on travaille, on apprend du concret. Désiré a les yeux rivés devant lui, les mains sur un dispositif électronique juste devant lui. Autour de lui, plusieurs autres de ses condisciples dans la même position, attentifs aux explications du formateur.

Ici, les apprenants sont formés à « comprendre, à dimensionner, à installer et à entretenir les systèmes photovoltaïque, ce qui est très important pour notre pays parce qu’on en a besoin pour l’agriculture, l’énergie, le pompage et autres », explique Désiré. Au-delà de ce qu’il apprend et qui, selon lui est déjà exceptionnel pour un pays en développement comme le Bénin, le cadre d’apprentissage ne l’a également pas laissé indifférent. « Je suis impressionné par le cadre moderne dans lequel la formation se déroule et surtout les installations et équipements d’apprentissage. Cela prouve combien de fois de bonnes choses peuvent sortir de la coopération entre deux Etats, je veux parler de la coopération entre le Bénin et la Chine ».

Il y a quelques années, ces compétences, il n’aurait pu l’avoir qu’en déboursant des sommes colossales pour aller s’offrir une formation avec ce genre d’équipements à l’extérieur du Bénin. La Chine, au-delà de la coopération dans d’autres domaines et secteurs, pense à l’autonomisation des jeunes béninois en investissant dans la formation pratique. L’atelier Luban est un exemple clair d’une coopération qui suit la dynamique de développement poursuivi depuis quelques années, par le Bénin. C’est une sorte de transfert de compétences par la formation, l’éducation à la base.

Un diplôme, mais peu de pratique

Au Bénin, malgré les réformes engagées depuis 2016-2019 (Stratégie nationale EFTP 2020-2030 et ADET), l’enseignement technique souffre encore d’équipements souvent insuffisants ou obsolètes, particulièrement dans les lycées de l’intérieur, où les plateaux techniques n’ont pas tous été modernisés, d’une domination de la théorie (confirmée par une étude 2025 sur 789 apprenants montrant le manque d’immersion pratique dans les formations non alternées) et de difficultés d’insertion.

Avant 2016, l’EFTP ne concernait que 3 % des élèves post-BEPC tandis que 75 000 à 80 000 jeunes arrivaient chaque année sur le marché du travail ; en 2023, seulement environ 34 % des diplômés de formations professionnelles trouvaient un emploi dans leur domaine dans les six mois (ANPE), même si des filières pilotes affichent des taux records (100 % pour les 151 premiers diplômés de l’École des Métiers du Numérique) et que d’importants investissements (équipements récents comme 241 millions FCFA à Djougou, construction de dizaines de lycées techniques et écoles de métiers) et le développement de l’alternance progressent pour réduire ces écarts.

L’atelier Luban, installé au cœur du Lycée technique d’amitié sino-béninoise d’Akassato, se présente comme une réponse concrète à ce décalage et de ces ambitions nationales. Inspiré du modèle chinois des ateliers Luban (du nom du légendaire artisan chinois), il propose une formation pratique dans des filières prioritaires (mécanique, automatisme, usinage, etc.) avec des équipements et une pédagogie importés de Chine.

L’Atelier Luban pour la transformation du Bénin

Inauguré le 21 avril 2023 au Lycée technique d’amitié sino-béninoise d’Akassato, l’idée de l’atelier Luban vient d’un partenariat entre l’Institut Polytechnique de Ningbo et le ministère béninois chargé de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Son nom, Luban, fait référence à un artisan inventeur et ingénieur chinois de l’Antiquité devenu le symbole du savoir-faire manuel. Hlassamè Comondji, chef des relations extérieures du lycée : « L’atelier Luban, construit par la Chine et constitué de quatre centres à savoir, un centre de fabrication industrielle, un centre d’électronique, un centre du numérique et un centre d’électro-technique ».

L’atelier Luban a pour objectif « d’assurer le renforcement des capacités du personnel des entreprises et des gens du secteur informel ». Mais ce n’est pas le meilleur ; en effet, l’atelier Luban a également pour but, « de former les jeunes béninois détenteurs du baccalauréat technique à un diplôme de Bac+3 sur un cursus de formation de deux ans au Bénin qui se terminera par la troisième année en Chine », explique H. Comodji. Une année complète donc en Chine où l’apprenant aura l’occasion de vivre d’autres expériences pratiques pour mieux assimiler sa formation. « Mais à l’étape actuelle, c’est les renforcements de capacité qui s’y déroulent avec les partenariats signés avec les projets comme le projet ARCH de la Chambre des métiers de l’artisanat (CMA) et FODESCA », explique-t-il.

Un modèle, de gros impacts

Une formation de 30 professionnels de l’EFTP en programmation Python et réseaux s’est déjà tenue à Akassato en 2024, dans le cadre de l’opérationnalisation du projet. Le modèle Luban vise explicitement à lier formation et industrie, avec l’idée d’« apprendre à pêcher » plutôt que de simplement fournir une assistance. Loin d’un cours magistral, les artisans envoyés par la CMA ont passé quatre semaines à travailler à comprendre mieux leur corps de métier et à en apprendre plus. Deo-Gracias Hounnou, coordonnateur ARCH Formation du département de l’atlantique, donne son appréciation : « Nous avons découvert ici au lycée technique d’Akassato, des partenaires très fiables, avec des ateliers de formation très bien équipés. Ici, nous avons entrepris de collaborer avec eux sur plusieurs métiers … c’est peu de théorie. A peine 20% de théorie pour à peu près 70 à 80% de pratique ». Concrètement, cela donne un niveau de compétence élevé, assure-t-il.

Une formation ne dure que si ceux qui la transmettent savent le faire mais aussi que s’ils ont les outils pour le faire. Savidou Evrard, technicien supérieur en électrotechnique, formateur à l’atelier sur les systèmes photovoltaïques : « J’ai été sollicité pour former dans plusieurs endroits mais cette année, quand je suis venu ici, j’étais stupéfait. De la qualité de matériel que j’ai vu ici, pour ma part, depuis mon cursus scolaire et en tant que formateur, je n’en avais jamais vu ». Sa façon de faire cours a changé : « J’ai envie de continuer à donner des cours ici. C’est du matériel de qualité et personne ne tourne le dos à la qualité, tout le monde veut le meilleur pour lui. Je ne peux que dire que je continuerai toujours à donner le savoir parce que quand tu es dans un bon cadre on est à l’aise d’enseigner, on est à l’aise de donner le savoir aux apprenants ».

Un témoignage qui semble être dans la logique des apprenants qui d’ailleurs, conseillent déjà à d’autres de suivre leur exemple. « Je recommande aux jeunes frères qui ont peur de la formation technique, de se lancer dans cette voie. De nos jours on ne dit plus ‘’tu as quel diplôme ?’’, on dit ‘’tu sais faire quoi ?’’, je conseille donc que les parents dirigent leurs enfant vers l’enseignement technique parce que sans ça, nous ne pouvons pas avoir un développement tel que nous le souhaitons », affirme Boniface, électrotechnicien en formation de mise à niveau à l’atelier Luban.

Un lycée technique pas comme les autres

En termes d’équipement, l’atelier Luban, tout comme le lycée d’Akassato où il est installé, disposent d’un plateau technique bien fourni avec du matériel de dernière génération grâce à l’appui chinois. « Au Lycée technique d’amitié sino-béninoise d’Akassato, nous avons un centre informatique bien équipée, nous avons un atelier Luban avec quatre centres à l’intérieur qui est destiné à la formation des formateurs, à la mise au niveau de personnel des entreprise et aussi à la formation des sans-emplois. Dans ce lycée, nous sommes spécialisés dans le génie civil où nous formons les apprenants dans le domaine de géomètre topographe, dans la réalisation des gros œuvres, la F4 et aussi le métier de technicien d’étude de bâtiment », détaille Abdon Hounkpè, proviseur du Lycée.

Dans son développement, il évoque également la chance de son établissement de voir le dynamisme de la coopération et surtout de l’amitié entre le Bénin et la Chine. « Ce lycée dispose d’un plateau technique bien fourni parce que nous avons bénéficié du matériel de la Chine et aujourd’hui, la différence entre ce lycée et les autres lycées techniques du pays, est que ce lycée est plus équipé », constate fièrement le proviseur. Il poursuit en soulignant que la Chine met un point d’honneur dans la maintenance des installations. « La Chine est revenue pour rénover tout ce lycée en remettant les peintures, en remettant les carreaux cassés, en réfectionnant le terrain et en reconstruisant tout ce qu’il faut pour le rendre moderne », conclut Abdon Hounkpè.

Au-delà du béton, la Chine engagée dans la formation des jeunes béninois

Au Lycée technique d’amitié sino-béninoise d’Akassato, la Chine ne s’est pas contentée de livrer des bâtiments. Depuis son inauguration en 2014, elle a accompagné l’établissement dans la durée : rénovation complète des infrastructures, don d’équipements de pointe, formation des enseignants et, bien évidemment, installation de l’Atelier Luban avec quatre centres spécialisés (électronique, électrotechnique, technologies informatiques et fabrication industrielle). Ce projet illustre un engagement sérieux, volontaire et patient : transmettre un savoir-faire technique moderne, former des talents capables de répondre aux besoins du marché local et créer un véritable pôle de référence pour l’enseignement technique professionnel au Bénin.

Pourtant, dans l’imaginaire de nombreux Béninois, la coopération chinoise se résume encore trop souvent aux routes et aux chantiers de construction. Or, l’exemple d’Akassato révèle une réalité bien plus large. La Chine intervient aussi dans la santé, avec l’ouverture en 2026 d’un service de médecine traditionnelle chinoise (acupuncture, ventouses) au Centre hospitalier départemental du Mono-Couffo à Lokossa, fruit de missions médicales continues depuis près de cinquante ans. Elle contribue à l’économie à travers son appui à la « route du coton », artère stratégique de 184 km qui relie les zones de production du nord aux pôles de transformation comme la GDIZ. Elle est également présente dans l’agriculture (soutien technique, réduction des pertes post-récolte, ouverture de marchés pour l’ananas et d’autres produits), la sécurité, le tourisme et bien d’autres secteurs, prouvant que son partenariat avec le Bénin s’étend bien au-delà du « béton ».

C’est précisément cette diversité et cette constance qui nourrissent, sur le terrain, un sentiment de reconnaissance sincère. Dans les couloirs du lycée d’Akassato comme dans les ateliers Luban, apprenants et responsables ne cachent plus leur gratitude envers la Chine. « A l’endroit de la Chine, je ne pourrai que les remercier pour tout ce qu’ils ont fait et continuent de faire et leur demander de ne pas s’arrêter en si bon chemin », affirme Boniface. Hlassamè Comondji va dans le même sens et ajoute un plaidoyer pour que la Chine élargisse la portée des ateliers Luban vers d’autres corps de métier comme ceux du génie civil.

« Une fois encore merci à la Chine pour tout ce que la Chine fait et merci aussi au Bénin pour cette collaboration entre ces deux pays amis », conclut Abdon Hounkpè, proviseur du lycée technique d’amitié sino-béninoise d’Akassato.

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Modeste Dossou

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