Coopération Sino-béninoise: quand la « modernisation à la chinoise » transfigure le Bénin
• De l’échangeur de Godomey aux chantiers maritimes et touristiques, une plongée au cœur des infrastructures qui redessinent le pays.
Cotonou, Ouidah, du vrombissement des navires au Port Autonome de Cotonou jusqu’aux murmures mémoriels de la future Marina de Ouidah, en passant par le flux incessant de l’échangeur de Godomey, les départements du Littoral et de Atlantique sont en pleine métamorphose. Au cœur de cette transformation du cadre de vie et des transports au Bénin, un moteur puissant. Il s’agit de la coopération sino-béninoise. Voyage au cœur d’un triptyque d’infrastructures colossales qui redessinent l’économie béninoise, fluidifient le quotidien et réveillent l’histoire, sous l’œil stratégique des bâtisseurs des deux nations.
Il est 17 heures à l’échangeur de Godomey. Sous un ciel de plomb typique de ce mois de septembre, une chaleur lourde et moite enveloppe la ville. L’air, saturé d’humidité, semble peser sur les épaules des passants alors que le soleil commence sa lente descente, diffusant une lumière rousse et tamisée sur le bitume encore brûlant. À cette heure de pointe, ce carrefour névralgique reliant Cotonou à Abomey-Calavi aurait dû être un immense goulot d’étranglement. Pourtant, le flot continu de voitures, de camions de marchandises et de nuées de zémidjans(taxis-motos) s’écoule avec une fluidité remarquable. Inauguré il y a quelques années comme le tout premier échangeur du pays, ce colosse de béton est devenu un acquis incontournable du paysage béninois. Il est le symbole non négligeable de la coopération sino-béninoise qui a choisi de s’attaquer de front aux défis structurels de la mobilité.
« Cet ouvrage a changé nos vies », raconte Théophile Hounsou, un conducteur de taxi-moto installé à proximité. « Avant, traverser Godomey était un calvaire quotidien. Aujourd’hui, c’est le point de départ fluide vers l’intérieur du pays. »
Un peu plus loin, Chantal Dansoukpè, une commerçante qui transporte chaque jour ses marchandises depuis le marché de Dantokpa, confirme cette métamorphose : « Le gain de temps est énorme pour nos affaires. Nos produits périssables n’attendent plus des heures dans les embouteillages. C’est cela que j’appelle le développement concret d’une route qui nous permet de travailler plus vite et de rentrer plus tôt dans nos familles. » En séparant le trafic principal de la circulation locale, cet ouvrage illustre le pragmatisme de la modernisation. Une infrastructure durable qui libère chaque jour les énergies économiques locales.
Extension du Port de Cotonou : le poumon économique prend le large
En longeant la côte vers l’est de la capitale, le bourdonnement urbain cède la place au vacarme industriel du Port Autonome de Cotonou. C’est ici, au cœur du poumon économique national, que se joue l’un des chantiers les plus stratégiques du pays. Face à l’océan, les engins imposants de la société chinoise CHEC s’activent au milieu des vagues pour concrétiser l’extension du port.
Le projet est titanesque et fait gagner des hectares de terrains neufs sur la mer pour y ériger un nouveau terminal, tout en modernisant les accès pour désengorger définitivement les artères de la Marina. Sur le chantier, au milieu de la poussière et des structures métalliques, la transmission de compétences est palpable. « Travailler sur un projet maritime d’une telle envergure aux côtés des ingénieurs chinois nous permet d’acquérir une expertise technique rare en génie maritime », confie Amina Ahlonsou, une jeune ingénieure en génie civil béninoise, son casque blanc vissé sur la tête. « On n’apprend pas seulement à couler du béton en mer, on apprend une rigueur de planification qui va rester gravée dans nos méthodes de travail locales. »
Cette rigueur, Sylvain Kpadonou, un grutier béninois chevronné travaillant sur le site, la ressent aussi dans sa cabine : « Les équipes chinoises amènent une discipline de fer sur la sécurité et le timing. Chaque geste est millimétré. Ce port s’agrandit pour accueillir de plus gros navires, et nous, les techniciens béninois, grandissons techniquement en même temps que lui. » Pour le Bénin, cette extension n’est pas qu’une question de stockage ; c’est aussi un levier géostratégique pour s’imposer comme le hub logistique incontournable de l’Afrique de l’Ouest.
La Marina de Ouidah : Quand la modernité épouse le devoir de mémoire
À une quarantaine de kilomètres à l’ouest, la ville historique de Ouidah vit une métamorphose d’un tout autre genre. Entre la lagune de Djègbadji et l’Atlantique, non loin de la mythique porte du non-retour, s’élève le complexe touristique de la Marina de Ouidah. Financé grâce à d’importants accords conclus avec des institutions financières chinoises et exécuté par le groupe Yunnan Construction, ce chantier d’envergure internationale est en train de prendre forme
Sur place, les infrastructures sortent de terre. Il s’agit bien évidemment des complexes hôteliers d’envergure, jardins de recueillement et structures culturelles. Ici, la modernisation démontre une facette singulière. Elle ne se limite pas au bitume ou à l’industrie, elle s’investit dans la valorisation du patrimoine immatériel et du tourisme mémoriel. « Ce projet à Ouidah change complètement la donne pour notre économie locale », analyse Florent Quenum, un consultant en développement touristique basé dans la commune. « Associer la puissance des infrastructures chinoises à la mise en valeur de notre histoire africaine crée un pôle d’attraction unique au monde. C’est la preuve que la modernisation n’efface pas le passé, elle lui donne les moyens d’exister dans le futur en créant des emplois pour nos jeunes. »
Sur le chemin menant au chantier, Mathias Doussou-Yovo, un guide culturel et natif de Ouidah, observe cette transition avec beaucoup d’espoir : « Pendant longtemps, la route des esclaves était un lieu de recueillement un peu isolé. Avec ce projet de Marina de niveau international, notre histoire va rayonner partout dans le monde, tout en offrant des infrastructures modernes à notre ville. Voir des entreprises de pointe s’intéresser à notre mémoire collective, c’est une fierté et une opportunité immense pour la jeunesse d’ici. » En transformant l’ancienne route des esclaves en un pôle d’attraction mondial, le partenariat sino-béninois aide et accompagne le Bénin à capitaliser sur son histoire pour bâtir son avenir touristique.
Un regard croisé vers l’émergence
De la fluidité acquise de Godomey aux eaux profondes de Cotonou, jusqu’aux structures en devenir de Ouidah, le paysage béninois se redessine à grande vitesse. Cette dynamique prouve que la « modernisation à la chinoise » n’est pas un modèle théorique importé, mais une synergie concrète où les ambitions de développement du Bénin rencontrent la capacité d’exécution et le savoir-faire technologique de la Chine. En observant ces travailleurs des deux nations œuvrer ensemble sous le soleil ouest-africain, une certitude s’impose pour montrer que les relations sino-béninoises tracent, pierre par pierre, la route d’un co-développement durable et partagé.

