Retrait du MPL du Cadre de Concertation de l’opposition : conviction profonde ou manœuvre stratégique à l’horizon 2026 ?

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Le Mouvement Populaire de Libération (MPL), dirigé par Expérience Tébé, a claqué la porte du Cadre de concertation des forces politiques de l’opposition, une coalition formée en novembre 2024 pour préparer les élections générales de 2026 au Bénin. Ce retrait, accompagné de la démission de Tébé de son poste de 2ᵉ coordonnateur adjoint, révèle les tensions internes au sein de l’opposition et soulève une question cruciale : s’agit-il d’une décision motivée par des convictions ou d’une stratégie électorale ?

Le MPL justifie son départ par l’incapacité du Cadre à atteindre ses objectifs initiaux, notamment la promotion d’un environnement électoral « juste, transparent et inclusif ». Dans un communiqué publié le 6 septembre 2025, le parti dénonce des « blocages internes », des « considérations personnelles » et des « enjeux d’ego » qui ont entravé la cohésion nécessaire pour affronter le pouvoir en place. Le MPL, qui s’était engagé à faire des concessions, y compris en mettant son logo de côté pour un consensus, semble avoir perdu patience face à ce qu’il perçoit comme des actes isolés de certains membres du Cadre, compromettant l’unité.

Cette sortie peut être interprétée comme une affirmation de convictions. Le MPL, attaché à la défense de la démocratie participative et des libertés, avait rejoint le Cadre avec l’ambition de réformer le code électoral, auditer le fichier électoral et garantir une représentation équitable. Face à l’échec de certaines de ces ambitions, le retrait pourrait refléter un refus de cautionner une coalition jugée inefficace, voire compromise par des rivalités internes. Expérience Tébé, connu pour son discours en faveur d’une « restauration démocratique », semble privilégier la cohérence idéologique à une unité de façade.

Conviction ou stratégie : une décision aux multiples lectures

À première vue, cette sortie semble ancrée dans une conviction profonde. Le MPL, fondé sur des idéaux de libération populaire et de restauration démocratique, a une histoire de critique frontale du régime Talon. Depuis 2022, Expérience Tébé n’a cessé de dénoncer la « monocolore » Assemblée nationale issue de 2019, la cherté de la vie et les atteintes aux libertés. En rejoignant le Cadre en novembre 2024, le parti avait exprimé un espoir sincère d’unité, comme l’avait affirmé Tébé : « Nous devons rester ensemble pour bâtir un avenir meilleur ». Le retrait pourrait ainsi refléter une frustration idéologique : face à une opposition fracturée par des « egos » et des « considérations personnelles », le MPL refuse de cautionner une coquille vide. C’est une posture de principe, alignée sur son engagement pour une démocratie « participative » et un Parlement « de développement », loin des compromis dilués.

Pourtant, à l’approche de 2026, une lecture stratégique s’impose. Les élections générales, incluant la présidentielle d’avril, s’annoncent sous haute tension : le code électoral restrictif, les parrainages obligatoires et les quitus fiscaux favorisent la mouvance. Le retrait du MPL pourrait être une manœuvre pour repositionner le parti comme un acteur indépendant, évitant d’être éclaboussé par les échecs collectifs du Cadre. En se libérant des contraintes d’une coalition dysfonctionnelle, le MPL gagne en flexibilité : il pourrait négocier des alliances bilatérales plus lucratives, ou même tester des rapprochements opportunistes avec des modérés comme les FCBE qui, eux, se sont rapprochés de la mouvance dans le cadre d’un accord. Historiquement, le MPL a déjà flirté avec des cadres d’opposition avant de les critiquer pour « sabotage », suggérant une habileté tactique. Ce départ fragilise certes l’unité oppositionnelle, mais renforce potentiellement la visibilité du MPL comme « pur et dur » de la résistance, attirant des militants désabusés.

Perspectives : une opposition en miettes à l’heure du verdict électoral

Quoi qu’il en soit – conviction ou stratégie –, cette décision accentue la vulnérabilité de l’opposition. Le Cadre, déjà privé des FCBE et miné par des absences comme celle de Restaurer l’Espoir (non légalisé), risque l’implosion. À 2026, un scrutin sans unité pourrait offrir le pouvoir à Talon puis à Romuald Wadagni, le candidat de la mouvance à l’élection présidentielle, sur un plateau, perpétuant un régime accusé de « confiscation » du vote. Le MPL, en choisissant la solitude, parie sur sa résilience, mais le Bénin attend de voir si cette rupture mènera à une « autre voie » victorieuse ou à une marginalisation accrue. Dans tous les cas, elle révèle une opposition plus divisée que jamais, où les idéaux se heurtent aux réalités du pouvoir.

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Modeste Dossou

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