Restitution des biens culturels du Bénin: les premières dispositions prises entre Cotonou et Paris

Restitution des biens culturels du Bénin: les premières dispositions prises entre Cotonou et Paris
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Lors de sa visite de travail en France les 4 et 5 octobre 2026, le président béninois Romuald Wadagni a remis au premier plan la question du patrimoine culturel spolié pendant la période coloniale. Reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron le 5 octobre, le chef de l’État a formulé une nouvelle demande de restitution portant sur 35 biens culturels et des fonds d’archives conservés dans les collections publiques françaises.

Parmi les pièces emblématiques figurent la statue du dieu Gou, divinité du fer et de la guerre conservée au Louvre, le trône du roi Toffa de Porto-Novo et un plateau de divination en bois sculpté exposé au musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Ces objets, issus principalement des anciens royaumes d’Abomey, de Porto-Novo et de Kétou, incarnent une mémoire historique et spirituelle que Cotonou souhaite voir revenir sur sa terre d’origine.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un processus déjà engagé sous la présidence de Patrice Talon. En novembre 2021, la France avait restitué au Bénin 26 trésors royaux d’Abomey, prises de guerre de 1892, dont des statues anthropomorphes des rois Ghézo, Glélé et Béhanzin, ainsi que des trônes et autels. Ce transfert, rendu possible par une loi spécifique de 2020, avait marqué une étape historique dans les relations bilatérales et ouvert la voie à une réflexion plus large sur la circulation des biens culturels.

Pour examiner les contours de cette nouvelle demande, un dispositif scientifique a été mis en place. Côté béninois, un Comité scientifique national a été installé le 14 juillet 2026 à Cotonou. Présidé par Alain Godonou, représentant de la Présidence, il réunit six experts : Djimmy Djiffa Edah (directeur du Patrimoine culturel), Franck Armel Afoukou (ministère des Affaires étrangères), Paul Akogni (spécialiste du patrimoine immatériel), Didier Houénoudé et Marie-Cécile Zinsou. Leur mission consiste à étayer les arguments historiques, scientifiques, patrimoniaux et juridiques, tout en préparant la coopération avec la partie française.

En France, la constitution de l’équipe appelée à participer au travail conjoint est encore en cours. Les deux comités scientifiques devront examiner pièce par pièce les dossiers, dans un contexte juridique désormais plus favorable. La loi du 9 mai 2026 relative à la restitution de biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite simplifie en effet les procédures, en permettant des sorties des collections publiques par voie réglementaire, sans nécessairement recourir à une loi spécifique pour chaque objet.

Selon les informations disponibles, une première réponse française est attendue à la mi-octobre 2026, suivie de discussions susceptibles de s’étendre sur plusieurs semaines. L’issue déterminera si l’ensemble des 35 biens, ou seulement une partie, pourra être restitué.

Au-delà de la dimension diplomatique, cette nouvelle séquence traduit une volonté affirmée de reconstruire le patrimoine mémoriel béninois. Les projets muséographiques en cours au Bénin – visant à accueillir et valoriser ces œuvres – renforcent la légitimité de la démarche. En prolongeant l’œuvre engagée sous Patrice Talon, Romuald Wadagni place ainsi la question culturelle au cœur d’une relation franco-béninoise qui se veut équilibrée et tournée vers l’avenir.

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Modeste Dossou

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