Les pays africains renforcent leur transparence fiscale et mobilisent plus de ressources
Les pays africains continuent de progresser dans la lutte contre l’évasion fiscale grâce à une meilleure transparence et à l’échange de renseignements. Selon un nouveau rapport publié le 30 juin 2026 par le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales, ces efforts portent leurs fruits. Le rapport a été officiellement présenté au Novotel Hotel de Cotonou en présence du ministre délégué chargé des finance et de la Microfinance, Nicolas Yenoussi.
En 2025, les pays africains ont identifié 417 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires grâce à l’échange de renseignements et aux programmes de divulgation volontaire. Depuis 2009, le total cumulé atteint 4,6 milliards d’euros (impôts, intérêts et pénalités). Ces montants aident les États à financer leurs budgets nationaux sans augmenter les impôts.
Le rapport « Transparence fiscale en Afrique 2026 » montre une évolution importante : les pays ne se contentent plus d’adopter des règles internationales, ils les utilisent concrètement. À la fin de 2025, plus de 3 500 accords d’échange d’informations étaient en vigueur sur le continent. Près de 85 % d’entre eux reposent sur la Convention multilatérale sur l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, un outil simple et efficace pour coopérer entre pays.
Un record a été atteint en 2025 : 25 pays africains ont activement demandé et obtenu des renseignements fiscaux auprès d’autres pays. Cet échange sur demande (ERD) permet aux administrations fiscales de mieux contrôler les contribuables et de mener des enquêtes lorsqu’elles soupçonnent des fraudes ou des dissimulations. « Aujourd’hui, la transparence fiscale et l’échange de renseignement, sont, sans ambages, les armes les plus redoutables dont nous disposons pour lutter efficacement contre les flux financiers illicites, l’évasion et la fraude fiscale », a indiqué le Directeur général des Impôts du Bénin, Erick Maxime Mensah AKAKPO-DJIHOUNTRY.
La Norme commune de déclaration (NCD), qui permet l’échange automatique d’informations sur les comptes financiers à l’étranger, progresse également. Huit pays (Afrique du Sud, Ghana, Kenya, Maurice, Nigeria, Ouganda, Rwanda et Seychelles) échangent déjà ces données. Six autres (Cap-Vert, Cameroun, Maroc, Sénégal, Tunisie et Zambie) se préparent à le faire prochainement. Le Bénin et plusieurs autres pays font parties de ceux qui n’ont pas encore atteint la maturité nécessaire mais travaillent à se conformer afin de se joindre aux autres. En 2025, les administrations ont reçu des informations sur près de 3 millions de comptes financiers représentant 259 milliards d’euros d’actifs détenus à l’étranger.
Les évaluations internationales confirment ces avancées. Près de 70 % des pays africains obtiennent de bonnes notes (« Conforme » ou « Conforme pour l’essentiel ») pour l’échange sur demande. Cependant, des efforts restent nécessaires pour mieux superviser les règles sur les bénéficiaires effectifs (les vrais propriétaires des entreprises). « Face à des schémas d’optimisation fiscale agressive et dommageable qui exploitent les failles entre nos frontières, notre seule planche de salut reste et demeure une union sacrée de nos administrations », soutient Erick Maxime Mensah AKAKPO-DJIHOUNTRY.
Face aux nouveaux défis, six pays (Afrique du Sud, Kenya, Maurice, Nigeria, Ouganda et Seychelles) se sont engagés à mettre en place le Cadre de déclaration des cryptoactifs (CDC). Ils commenceront à échanger automatiquement des informations sur les transactions de cryptomonnaies d’ici 2027 ou 2028. Cette mesure permettra de mieux suivre ces actifs numériques souvent utilisés pour contourner les règles fiscales.
Le Forum mondial apporte un soutien concret. En 2025, il a aidé 35 pays par une assistance technique. Plus de 2 200 agents des impôts (dont 46 % de femmes) venus de 45 pays ont participé à des formations. Plus de 1 200 ont suivi des cours en ligne. Le programme « Former le Formateur » a permis à des experts africains de former plus de 2 400 collègues au niveau national.
Ce rapport est un résultat majeur de l’Initiative Afrique, lancée en 2014. Elle réunit les 39 membres africains du Forum mondial et travaille en partenariat avec le Forum sur l’administration fiscale africaine. Le document a été présenté lors de la 19e réunion de l’Initiative, organisée à Cotonou au Bénin du 30 juin au 2 juillet 2026.
Grâce à ces progrès, de nombreux pays africains renforcent leur souveraineté fiscale. Ils récupèrent de l’argent qui leur échappait et peuvent investir davantage dans l’éducation, la santé ou les infrastructures. La transparence fiscale devient ainsi un outil clé de développement économique sur le continent. Selon Nicolas Yenoussi, « l’avenir de l’Afrique dépend en grande partie de notre capacité à mobiliser nos ressources propres, à préserver l’intégrité de nos systèmes fiscaux et à renforcer la confiance entre les administrations, les contribuables et les investisseurs ». Il appelle les uns et les autres à « avancer dans l’esprit de l’agenda 2063, en construisant une Afrique plus unie, plus autonome et résolument engagée en faveur de la transparence ».
Le Forum mondial, qui compte plus de 170 membres, continue d’accompagner ces efforts par des évaluations rigoureuses et des programmes de formation. Avec le soutien de plusieurs donateurs (Allemagne, France, Union européenne, etc.), l’Initiative Afrique montre qu’une coopération internationale bien menée profite directement aux citoyens africains.

