Bénin – Ralliement d’Adrien Houngbédji à Romuald Wadagni : opportunisme ou pragmatisme politique ?

Bénin – Ralliement d’Adrien Houngbédji à Romuald Wadagni : opportunisme ou pragmatisme politique ?
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Le 28 octobre 2025, Adrien Houngbédji, figure historique de la politique béninoise et ancien président de l’Assemblée nationale, a publié une lettre ouverte apportant son soutien à Romuald Wadagni, candidat de la mouvance présidentielle pour l’élection de 2026.

Ce ralliement, intervenu après une abstention initiale, suscite des interrogations sur ses motivations profondes. Dans un contexte où la Cour constitutionnelle n’a validé que deux candidatures – celle de Wadagni et une autre nettement moins compétitive –, ce choix apparaît à beaucoup comme une manœuvre opportuniste plutôt qu’un acte dicté par une conviction inébranlable.

Houngbédji justifie son engagement par les qualités exceptionnelles de Wadagni. Il loue son expérience de dix ans au côté de Patrice Talon, son rôle décisif dans les réformes économiques et son potentiel à poursuivre l’œuvre entamée. Il forme même des vœux pour un président réconciliateur, soucieux du relèvement des conditions de vie et fidèle aux acquis démocratiques de la Conférence nationale de 1990. Pourtant, ce discours enthousiaste contraste avec le silence observé jusqu’alors. Tous les cadres de la mouvance avaient déjà rallié Wadagni ; Houngbédji, en s’abstenant, semblait marquer une distance. Son revirement final, au moment où la victoire de Wadagni paraît inéluctable, donne l’impression d’un alignement stratégique sur le camp du pouvoir.

Opportunisme ou réalisme ?

En politique, l’opportunisme n’est pas nécessairement synonyme de cynisme. Face à un duel asymétrique – Wadagni, dauphin désigné de Talon, bénéficiant de l’appareil puissantdes partis de la mouvance, contre un adversaire marginalisé –, Houngbédji pouvait estimer que l’opposition frontale était vaine. Soutenir le perdant l’aurait exposé inévitablement, à une marginalisation accrue dans un paysage politique déjà verrouillé. En choisissant Wadagni, il préserve une influence potentielle et évite de dilapider un capital politique accumulé depuis des décennies.

Ce pragmatisme n’efface pas les critiques. Houngbédji, héritier des luttes pour la démocratie, apparaît ici comme un acteur qui privilégie la survie institutionnelle à la confrontation idéologique. Son parcours – alliances successives avec différents régimes – renforce cette lecture. Il incarne une génération politique qui, face à l’autoritarisme croissant en Afrique, préfère la négociation à la rupture.

Enjeux pour 2026 et au-delà

Ce ralliement consolide la position de Wadagni, déjà favori. Il illustre aussi la difficulté de l’opposition béninoise à fédérer une alternative crédible. Pour Wadagni, l’enjeu sera de transformer ce soutien en capital politique inclusif, comme il l’a ambitionné à Parakou en se déclarant « candidat de tous les Béninois ». Quant à Houngbédji, son choix interroge la pérennité des convictions dans un système où la realpolitik l’emporte plus souvent sur les principes.

Cet épisode révèle les limites d’une démocratie béninoise sous tension. Entre consolidation du pouvoir et appels à la réconciliation, l’élection de 2026 sera un test décisif pour l’ancrage démocratique du pays. Houngbédji, en se rangeant du côté du plus fort, rappelle que la politique est d’abord un art du possible – même si cela écorne l’image d’un leader autrefois perçu comme intransigeant.

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Modeste Dossou

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