Bénin-Niger: Niamey adoucit ses exigences pour la réouverture réaliste de la frontière commune

Bénin-Niger: Niamey adoucit ses exigences pour la réouverture réaliste de la frontière commune
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Après des mois de tensions, le Niger semble opérer un tournant pragmatique dans ses relations avec le Bénin. Les discussions d’autorités et d’experts conjoints qui se sont tenues ce week-end à Cotonou marquent une avancée significative vers la normalisation des liens entre les deux pays voisins, avec un Niger qui revient à des demandes réalistes et collaboratives, loin des positions maximalistes initiales.

Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger et la fermeture de la frontière en août de la même année, les relations bilatérales étaient au plus bas. Niamey accusait Cotonou d’abriter des bases militaires françaises, de favoriser la déstabilisation du régime militaire et de servir de relais à des groupes terroristes. Ces reproches, systématiquement rejetés par le Bénin et la France, avaient conduit à une rupture quasi totale des échanges, pénalisant lourdement les économies des deux États.

La visite, début juin, du président béninois à Niamey avait déjà relancé la dynamique. Ce week-end, les comités d’experts nouvellement créés ont travaillé sur plusieurs volets : sécurité et défense, diplomatie, questions juridiques et économie. Selon un délégué, l’ouverture de la frontière est désormais « chose acquise », même si elle devrait intervenir de manière progressive.

Un discours plus constructif

Lors des échanges, le ministre nigérien de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a posé des conditions qui traduisent un net assouplissement de la position nigérienne. Au lieu d’exigences unilatérales ou de ruptures définitives, Niamey propose désormais des instruments bilatéraux équilibrés : la signature d’un accord de défense et d’un accord de sécurité fondés sur le principe clair de non-utilisation du territoire de l’un contre l’autre. Une « transparence totale » sur les dispositifs étrangers stationnés près de la frontière, délimitée par le fleuve Niger. Surtout, il a insisté sur la création opérationnelle d’une cellule bilatérale de fusion de renseignements pour lutter contre le terrorisme et le banditisme.

Ces demandes, concrètes et mutuellement bénéfiques, reflètent une volonté de coopération sécuritaire plutôt qu’une posture de confrontation. Elles reconnaissent implicitement que la menace djihadiste, commune aux deux pays, ne peut être combattue efficacement qu’ensemble. Cette évolution vers des exigences réalistes et collaboratives est saluée par les observateurs. Elle permet de dépasser les accusations réciproques pour se concentrer sur des intérêts partagés : sécuriser les populations riveraines, relancer le commerce et assurer l’approvisionnement du Niger via le port de Cotonou, vital pour l’économie nigérienne enclavée. Le Bénin doit désormais faire preuve de grosses concessions pour tenter de contenter son voisin, sans toutefois renoncer à sa souveraineté, afin qu’une issue favorable sorte de cette situation.

Les conséquences de la fermeture de la frontière ont été lourdes : perte de revenus pour les opérateurs économiques, difficultés d’approvisionnement et souffrances pour les communautés transfrontalières. Une réouverture, même graduelle, représenterait un soulagement immédiat et un signal fort de stabilisation régionale. Les experts doivent finaliser un rapport commun qui sera soumis aux présidents Romuald Wadagni et Abdourahamane Tiani. Des accords concrets en matière de défense, de renseignement et de facilitation économique sont attendus dans les prochaines semaines.

Ce processus illustre la maturité diplomatique retrouvée entre Cotonou et Niamey. En revenant à une approche pragmatique et collaborative, le Niger démontre qu’il privilégie désormais la stabilité et le développement partagé face aux défis sécuritaires et économiques communs. Une normalisation réussie pourrait servir d’exemple dans une région du Sahel encore marquée par l’instabilité.

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Modeste Dossou

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