Bénin : la forêt sacrée d’Ookpo reçoit le Prix UNESCO 2025 pour les savoirs autochtones

Bénin : la forêt sacrée d’Ookpo reçoit le Prix UNESCO 2025 pour les savoirs autochtones
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Le 20 novembre 2025, l’UNESCO a décerné à l’ONG béninoise Culture au cœur du développement le prestigieux Prix pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel des communautés autochtones ou locales. Doté de 10 000 dollars, ce prix récompense la restauration exemplaire de la forêt sacrée d’Ookpo, située à Pobè, dans le département du Plateau, au sud-est du Bénin.

Fondée au XVIIe siècle lors de la création du Royaume du Dahomey, Ookpo est bien plus qu’une forêt : c’est un sanctuaire vivant du vodun, où les divinités légba, héviosso et sakpata continuent d’être honorées. Pendant des décennies, l’exode rural, l’urbanisation et le manque d’entretien avaient laissé les cases sacrées en ruines et les arbres millénaires menacés. Sans intervention, des pans entiers de traditions orales, de chants, de danses et de pharmacopée traditionnelle auraient disparu.

Depuis 2021, la communauté de Pobè, guidée par l’ONG lauréate, s’est mobilisée. Hommes, femmes et jeunes ont reconstruit à la main les cases traditionnelles en banco et paille, replanté des essences sacrées comme l’iroko (Chlorophora excelsa), le baobab et le fromager, et réhabilité les sentiers rituels. Les initiés ont repris les cérémonies annuelles, transmettant aux nouvelles générations les récits fondateurs et les interdits qui protègent la forêt depuis quatre siècles.

Cette renaissance a eu des effets concrets : la fréquentation touristique a été multipliée par dix en trois ans. Des visiteurs venus du monde entier découvrent désormais les danses Zangbeto, les autels de pierre et les arbres centenaires sous lesquels les rois du Dahomey venaient autrefois consulter les oracles. L’éco-tourisme génère aujourd’hui des revenus qui financent l’école du village et les soins de santé.

Avec plus de 2 940 forêts sacrées recensées (soit 18 360 hectares), le Benin possède l’un des réseaux les plus denses au monde de sites gérés communautairement pour la biodiversité et la spiritualité. Ookpo devient ainsi un modèle replicable. Déjà, les communes voisines de Kétou et d’Adja-Ouèrè s’inspirent du projet pour restaurer leurs propres sanctuaires.

Cette distinction de l’UNESCO ne constitue pas une inscription au Patrimoine mondial (catégorie réservée aux sites matériels exceptionnels), mais une reconnaissance rare des « savoirs traditionnels » portés par les communautés locales. Elle place le Bénin aux côtés de peuples comme les Maasai du Kenya ou les Quechuas du Pérou, dont les pratiques ancestrales sont saluées comme solutions durables face au changement climatique et à la perte de biodiversité.

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Modeste Dossou

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