Bénin – Bilan des dix ans de Patrice Talon : un pays économiquement dynamique mais politiquement imparfait

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En juin 2026, le Bénin s’apprête à tourner la page de la présidence de Patrice Talon, qui achève son second mandat le 23 mai prochain. Élu en 2016 comme un homme d’affaires promettant une rupture avec la stagnation, Talon a tout de suite mis en œuvre le Programme d’Action du Gouvernement (PAG) de 2016-2021, suivi du PAG 2 pour 2021-2026. Le bilan des dix années révèle des avancées économiques notables, mais aussi des critiques persistantes sur le front démocratique, dans un contexte marqué par une tentative de coup d’État avortée en décembre 2025.

Dès son arrivée, Talon, surnommé le « roi du coton », a priorisé la diversification économique et la discipline fiscale. Le PAG a injecté des investissements massifs dans les infrastructures, avec des routes modernisées comme l’autoroute Cotonou-Porto-Novo et l’expansion du port de Cotonou, devenu un hub régional. L’agriculture, pilier de l’économie, a connu un essor spectaculaire : la production de coton a doublé, faisant du Bénin le premier producteur africain. La Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), inaugurée en 2022, a créé des milliers d’emplois dans le textile et l’agroalimentaire, attirant des investisseurs étrangers de partout dans le monde.

Sur le plan macroéconomique, le PIB a crû de 3,3 % en 2016 à environ 7,5 % en 2024, avec des projections à 7 % pour 2026, selon le FMI. La dette publique a été maîtrisée à 52,4 % du PIB, l’inflation contenue à 2,2 %, et le ratio fiscal sur PIB porté à 15,5 %. Des réformes sociales ont suivi : repas scolaires gratuits, électrification rurale couvrant 80 % du territoire, et réhabilitation de centres de santé primaires. Le tourisme, boosté par les « Vodun Days », a généré des revenus record en 2025.

Pourtant, ce tableau idyllique est ombragé par des accusations d’autoritarisme. Talon a réformé le système partisan en 2018, ce qui n’a pas permis à l’opposition de participer aux élections de 2019 et 2021, avec des taux de participation en chute libre (23 % en 2019). Des rivaux comme Reckya Madougou ont été emprisonnés pour « terrorisme », et la liberté de presse a reculé, selon Freedom House, qui a déclassé le Bénin en « partiellement libre ». La tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, menée par des militaires frustrés par la gestion sécuritaire au nord, selon eux, a révélé des tensions profondes, malgré son échec rapide grâce à l’intervention régionale.

A cela, Patrice Talon, ne s’en cache pas. L’homme reconnait les difficultés à maintenir la démocratie telle qu’elle a été importée. En effet, Patrice Talon explique que le Bénin continue de respecter les normes démocratiques mais en adaptant la démocratie aux réalités du Bénin. Il parle de « démocratie au service du développement », démocratie de développement donc, qui pour lui, permettra de construire le pays et de mettre tous ses fils et toutes ses filles au travail sans craindre des guerres d’idéologie pas très utiles pour le moment. Talon assume donc une part de la régression de la « démocratie à l’occidentale » mais assure qu’à la fin, le Bénin en sortira grand vainqueur.

En 2026, le Bénin affiche une croissance robuste, avec un PIB estimé à 96 milliards de dollars en termes de PPA. Les élections du 12 avril verront Romuald Wadagni, dauphin de Talon et artisan des réformes fiscales, affronter une opposition plutôt affaiblie. Le legs de Talon est certes extraordinaire en termes de réalisations, mais reste tout de même ambivalent : un pays plus prospère, mais une démocratie remodelée. Reste à savoir si son successeur consolidera ces gains tout en améliorant les imperfections.

Par Modeste Dossou

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