Accusations du Niger contre le Bénin : le gouvernement tourne Tiani en dérision et reste focus sur le développement

Accusations du Niger contre le Bénin : le gouvernement tourne Tiani en dérision et reste focus sur le développement
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Les relations entre le Niger et le Bénin, déjà tendues depuis le coup d’État de juillet 2023, ont atteint un nouveau pic de crise. Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte militaire au pouvoir au Niger, a accusé publiquement le Bénin, aux côtés de la France et de la Côte d’Ivoire, d’être parmi les « sponsors » des mercenaires responsables de l’attaque sur la base aérienne de l’aéroport international Diori Hamani à Niamey. A ces accusations, le Bénin a réagi en avertissant qu’il ne prendra aucune menace à la légère.

L’assaut survenu dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a été repoussé par les forces nigériennes avec l’aide de partenaires russes, mais non sans conséquences : quatre soldats blessés, un avion endommagé, vingt assaillants tués et onze arrêtés. L’attaque, revendiquée par le groupe État islamique, a impliqué des tirs nourris et des explosions autour de l’aéroport, un site stratégique abritant une base militaire et des stocks d’uranium. Le général Tiani, s’exprimant à la télévision d’État après une visite sur place, n’a pas mâché ses mots : « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara : nous les avons assez entendus aboyer, ils doivent maintenant se préparer à nous entendre rugir. » Il a remercié les « partenaires russes » pour leur rôle dans la défense du site.

De son côté, Cotonou a réagi avec fermeté. Le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, a qualifié les accusations de « peu crédibles » et « sans fondement », affirmant qu’elles visent à « détourner l’opinion publique » plutôt qu’à refléter des faits établis. Dans une interview à la radio Peace FM, il a déclaré : « Ces accusations ne sont pas très crédibles […] même au Niger, elles n’ont pas beaucoup d’écho. » Il a utilisé une métaphore pour illustrer la position du Bénin : « Si quelqu’un se déshabille pour voler votre couverture, ne le poursuivez pas dans le même état, au risque d’être confondu. » Houngbédji a insisté sur le fait que le Bénin prend au sérieux toute menace contre sa sécurité, mais que ces allégations ne le détourneront pas de ses priorités économiques et institutionnelles. « Ce sont des diversions qui ne nous dévieront pas de nos priorités », a-t-il ajouté, soulignant les performances du pays.

Cette escalade verbale s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes. Depuis 2023, le Niger accuse régulièrement le Bénin d’héberger des bases militaires étrangères et d’entraîner des groupes armés pour déstabiliser le régime militaire. Le Bénin a toujours nié ces allégations, invoquant des liens fraternels entre les deux peuples. La France n’a pas encore réagi officiellement, mais des sources diplomatiques indiquent que ces accusations pourraient compliquer davantage les relations, déjà fragilisées par les coups d’État au Sahel et la lutte contre le jihadisme. De son côté, la Côte d’Ivoire a immédiatement convoqué l’ambassadeur du Niger dans le pays pour exprimer son mécontentement.

L’attaque sur l’aéroport de Niamey, bien que repoussée, met en lumière la vulnérabilité du Niger face aux groupes armés, malgré ses alliances avec la Russie, le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel. Les observateurs craignent une déstabilisation accrue de la région, où les enjeux sécuritaires, économiques – notamment le pipeline pétrolier reliant les deux pays – et géopolitiques se chevauchent. Alors que l’État islamique revendique l’assaut, les accusations de Tiani pourraient servir à consolider son pouvoir interne, mais au prix d’une isolation diplomatique accrue.

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Modeste Dossou

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